LES CHRONIQUES DU VENDREDI DE PHILIPPE MEYNIER
LA LOGIQUE OU LA VIOLENCE
Les idéologies qui s'affrontent autour de nous sont affirmées de façon d'autant plus péremptoire et violente que leurs fidèles pensent moins à nous les présenter comme déduites d'arguments raisonnables ou soutenus par des preuves claires et précises. Si, en fait et en droit, l'homme est maitre de la nature, y compris de son corps et de son esprit, s'il crée seul par sa volonté l'ordre de ce monde, comment pourrions nous exiger qu'il justifie cette volonté ou ces choix? L'homme qui se veut libre ne saurait voir limiter sa liberté par l'obligation de prouver. S'il a le droit de ne point se soumettre, comment pourrait-on justifier sa soumission à la logique?
Ce n'est pas par hasard ou par erreur que trop de nos "penseurs", nous libérant des préjugés, veulent en même temps nous libérer du souci de la preuve et avant elle, du doute. C'est par une dernière soumission à la logique qu'ils abrogent : libre à l'égard de la foi de ses ancêtres, de la société et de la nature, l'homme ne peut être soumis à rien et même pas à une méthode de recherche et de connaissance. Il ne doit point chercher à connaitre : il doit vouloir et agir comme un créateur souverain et originaire.
Ces thèses ne sont point fantaisistes ni faciles à rejeter. Elles sont le fondement même de la pensée de trop d'entre nous. Les voici maintenant, ayant rejeté ce qui seul peut unir les esprits, le doute, la logique et la preuve, qui n'ont plus entre eux et à notre égard que des rapports de force et de violence.
"Entre les hommes, il n'existe que deux relations : la logique ou la guerre...Si l'on refuse de vous donner des preuves, souvenez-vous que vous êtes attaqué et que l'on va vous faire obéir par tous les moyens..."Paul Valéry

