Vendredi, Juillet 13, 2007

LES CHRONIQUES DU VENDREDI DE PHILIPPE MEYNIER

ELOGES DE LA PARESSE

Lorsque j'étais écolier, il y avait dans ma classe deux élèves que j'estimais particulièrement car ils se disputaient les dernières places tout en poursuivant, tant bien que mal, le cycle difficile des études enfantines. Leur paresse était légendaire, mais il m'arriva une fois de les percer à jour.

Pour occuper cruellement un jeudi, on nous avait demandé de faire le résumé d'un chapitre d'Histoire de France. Cela représentait dans notre livre une dizaine de pages. Je ne sais comment je m'en tirais, mais je me souviens très bien du jour où le professeur corrigea les copies. L'un de mes condisciples avait recopié intégralement le chapitre de façon purement mécanique, probablement en rêvant aux prochaines vacances ou à quelque jeu merveilleux qu'il se préparait d'organiser dès qu'on lui en laisserait le loisir. L'autre avait pris la peine de lire le texte, de le comprendre, d'en retenir deux ou trois faits majeurs et de les décrire en 5 ou 6 lignes au plus. Peu importe le jugement que porta le professeur sur ces travaux. J'ai compris depuis la leçon de ces deux paresses divergentes et nobles.

La première était fuites de toute réflexion, de toute attention, de tout effort intellectuel, même au prix d'un effort physique long et pénible. Tout plutôt que comprendre. La seconde était volonté de rejeter la contrainte la plus longue. Tout pour gagner du temps. Comprendre, raisonner mais finir.

Quel était le plus sage des deux? Quel est celui qui sut le mieux triompher des embûches de la vie et notamment de ce piège insidieux qu'est le travail? Je vous le laisse à deviner et je voudrais bien le savoir.

Posted by Sibylle at 15:27:56 | Permanent Link | Comments (0) |

DEJEUNER SUR L’HERBE


 

Les Jeunes Filles en Fleurs de Proust pique-niquaient sur la digue de Balbec de sandwich au chester et à la salade, de gâteaux de chocolat « aux fadeurs de crème » et de tartes à l’abricot aux « fraîcheurs de fruits qui en savaient long sur Combrai » Il y aurait bien sur quelques madeleines et du fromage blanc, les femmes y seraient d’une extrême élégance « dans un lumière humide, hollandaise, où l’on sentait monter dans le soleil même, le froid pénétrant de l’eau »*. Souvenir proustien et tendre et rôle majeur de la mémoire d’un instant parfait, loin des conventions de rigueur, moment libre et enfantin, gai comme la réunion de tous les convives apportant chacun librement leur écot à poser sur une nappe hâtivement tendue à l’abri des insectes. Pique-nique chic et argenterie à l’ombre des araucarias, pique nique simple et champêtre où un rosé gouleyant fera couler le saucisson, pique-nique des enfants enfuis au fond du jardin à l’abri des regards, pique-nique coquin au champagne sous les étoiles, repas éphémère dont ne restera dans l’instant qui suit qu’un bonheur aussi véritable que la subjectivité chez Kierkegaard.

Les femmes se sont assises dans l’herbe sur un plaid (Kenzo 194€-30%), une petite fille aux taches de rousseurs grosses comme des petits pois tape sur une balle de jokari jaune (Nature&Découvertes 19,95€) tandis que le bébé dort au pied de l’ancêtre enfoui dans sa méridienne (chaise longue double Rich de Dom 149€). La nappe « A l’ombre du platane » (Pa Design sur Decoclico.fr 59,90€-25%) est plutôt sous un vieux chêne laissant tomber nonchalamment de temps à autre quelques glands jaunis. On a hésité  longtemps entre un luxe ostentatoire et insensé (panier à pique-nique en toile de jute  et thermos recouverte d’osier Hermès 470€ et 680€, malle pour 2 personnes comprenant vaisselle, nappe, serviettes, ouvre-bouteilles Le Prince Jardinier 295€, gourde gainée de cuir et étui à gobelets siglés Holland&Holland 790€ et 471€) ne nous laissant que les yeux pour pleurer et du ludique raisonnablement coloré. Finalement on a opté pour des paniers (panier de bambou 4 couverts Grignotek.fr 49,80€, panier de fil de fer et poignée de bois Comptoir de Famille 32€) et un porte-bouteilles de toile tilleul (Delamaison.fr 16,50€-25%) qui contiendra le rosé et le sirop de cassis. Les hommes ont installé quelques pliants (Lafuma 15€) et sorti leurs Laguiole (Laguiole en Aubrac, pointe de corne ou de genévrier 95€-40%).

 Les provisions sont sorties des paniers, j’ai choisi bizarrement de la vaisselle en acrylique, les verres sont d’un orange quasi-radioactif (mélangé avec la couleur du cassis, ce sera à dégueuler) et les assiettes sont bleues et vertes (set pour 4 personnes 19,90€-25% La Chaise Longue). Je regrette amèrement la porcelaine Haviland et le cristal de Baccarat mais les sacs étaient déjà bourrés de façon obscène et puis de toute façon, je les garde pour épater le grotesque pince-fesse du prix de Diane (autant avoir des principes même s’ils sont inutiles). Grâce à Dieu le pain croustille, on étale généreusement les rillettes d’oie, les courgettes à la picada et le oli-mélo de légumes (Bienmanger.fr 6,30€ et 3,50€), les hommes croquent dedans avec leurs grosses dents carrées alignées comme des pierres tombales, les enfants sautillent, ils ne savent plus pêcher les écrevisses mais possèdent un ballon noir comme l’enfer (Marcel Wenders 25€ sur Madeindesign.fr) et un jeux de badminton dont on entendra le sifflement du volant jusqu’au soir (set complet de badminton 18€ Koodza.fr).

La nuit tombe, « C’était un soir ravissant où le coucher du soleil n’avait oublié qu’une couleur : le rose »*. On allume les bougies à la citronnelle (Nature&Découvertes 6,95€) et on disperse de jolies petites veilleuses de bois (déco@venue 14,90€), les voix deviennent monocordes, j’observe avec une satisfaction écoeurée la béatitude des visages, l’ancêtre se casse encore quelques dents sur des pralinettes aux noix (valette.fr 4,30€) engouffrées avec avidité, les petits verres d’eau de vie de poire (grignotek.fr 28€) circulent pitoyablement pour ne pas attirer mon attention, trop tard, rien ne m’échappe, je retire mon tablier légèrement ensanglanté (Castelbajac 35€-40%) par la découpe à vif de quelque animal égaré trop près des restes, il est temps de renoncer à toutes ces salades et de rentrer retrouver la chaleur apaisante d’un lit aux draps de lin dont l’envie me torture. Sibylle SASSI

*Marcel Proust : A l’ombre des jeunes filles en fleurs

Tenter :

- l’année prochaine, de se faire inviter au mystérieux pique-nique blanc improvisé dans Paris tous les ans au mois de juin.

Posted by Sibylle at 14:54:15 | Permanent Link | Comments (0) |

Jeudi, Juillet 05, 2007

ESPRIT D’EQUIPE

Bien sur ce sont les soldes. Mais c’est bien sur aussi « la saison ». Dès le printemps et jusqu’au derniers jours de l’été, les joueurs sont à l’affiche et ont décidemment le beau rôle. Collections entières dédiées à une allure so chic et so british convoitée même par ceux qui confondraient une batte et un maillet, un cheval et une antilope, et l’Agha Khan avec son palefrenier. Polo à dos de cheval ou d’éléphant pour les plus exotiques ou les plus chics (ou les plus riches ?), cricket, golf, tennis, rugby (coupe du Monde oblige), professionnels ou aficionados, tout est prétexte cette saison à afficher les plus beaux vêtements et les plus grandes marques aux couleurs de nos équipes préférées. Profitons des soldes donc pour acquérir cet esprit d’équipe et habiller la famille sans y laisser nos chemises.

LUI : il est le fils d’un fougueux joueur de polo argentin, d’un flegmatique joueur de crickett anglais, d’un athlétique joueur de football américain, d’un skipper espagnol fier et sombre, d’un observateur nonchalant du Derby d’Epson et (peut-être) d’un (alcoolique ?) joueur de boule marseillais. Son élégance séduit et inquiète, il le sait et en joue :

-  chemise LA MARTINA (l’enseigne prestigieuse argentine devient « la » marque la plus  chic du marché. La trouver en France relève du défi, les prix sont élevés mais l’allure inégalable ! Soldée 151€ au lieu de 215 chez Old England, vêtements, sacs et accessoires soldés également avenue de Friedland).

- polo HACKETT, aux couleurs des équipes anglaises (90€-30%)

- jean blanc FACONNABLE (105€ au lieu de 150€), ou version éco SOMEWHERE (pantalon blanc pur lin 49€-40%)

- pantalon de toile blanche (210€-30%) et pull en coton et cashmere écru (175€-30%) PAUL &JOE

- bermuda de coton marine ou gris FULL CIRCLE (75€-40%), ou SOMEWHERE (bermuda en lin marine 39,90€-40%)

- pull de coton gris ou bleu outremer ACNE JEANS (175€-30%)

- maillot et chaussures bateau AIGLE (40€ et 68€)

- bonnet de coton rayé façon loup de mer PAUL SMITH (37€ au lieu de 52€)

ELLE : elle est son égérie, fille fantasque de Suzanne Lenglen et Tiger Woods, d’un nabab et d’un capitaine d’industrie, de Romy Schneider et de Lauren Bacall, gracieuse comme une écuyère,  aventurière à la Mati Hari, cruelle et rigoureuse comme un tireur d’élite, elle se prête volontiers au jeu d’une élégance simplissime qui la ravit :

-         trench blanc court et croisé en coton et lin JOSEPH (471€-30%)

-         veste à capuche en maille rayée marine et blanc POLO RALPH LAUREN (125€-40%)

-         pull torsadé de soie vert RALPH LAUREN BLACK (260€ au lieu de 395)

-         chemisier de popeline blanc PAUL&JOE (170€-50%)

-          polo en maille écru et col popeline blanche JUICY COUTURE (170€-40%)

-         pantalon de laine à rayures tennis brun/blanc et bouton drapeau anglais sur la poche arrière PAUL SMITH (300€-50%)

-         jupe coton et soie écrue à poches soufflets MISSONI (695€-50%)

-         bermuda blanc  et maillot blanc 2 pièces APC (85€-50% et 65€-50%) ou SOMEWHERE (bermuda blanc 34,90€-40%)

-         sandales plates noires PRADA (185-50%) ou SOMEWHERE (49€-70% !)

-         bottes cavalières en cuir noir CHANEL (non soldées)

-         étui à raquette de tennis ANYA HINDMARCH (250€-40%)

L’ENFANT est digne du meilleur collège anglais, du haut de ses 7 ans il regarde la vie avec la morgue d’un aristocrate désargenté sur le perron de sa maison palladienne, mais à ses yeux azurs on ne peut résister. Fils du soleil et d’une aurore boréale, il dompte ses épis rebelles et s’avance triomphant vers une victoire certaine :

-         blazer rayé beige (235€-40%), chemise blanche (55€-40%), bermuda blanc (110€-40%), le tout OLD ENGLAND. Ou, version éco, KIABI (bermuda popeline blanche 5,59€)

-         Jupette de tennis blanche gansé de marine (80€-40%) et débardeur en maille de coton marine gansé de blanc (65€-40%) OLD ENGLAND ou KIABI (pull blanc col v 4,99€)

L’équipe est fin prête, ils connaissent les règles de l’art et les appliqueront avec rigueur ou fantaisie, les enfants sortent les maillets et les entraîneurs piétinent sous une pluie britannique. Les hommes s’abritent sous leur couvre-chef de paille usé tandis que les femmes jettent des regards ambigus à un maharadjah donnant des ordres avec la délicatesse d’un mercenaire. Tout n’est qu’élégance, et même si notre pelouse à nous se réduit à la taille d’un mouchoir et notre cheval remplacé par un poussif labrador, nous serons, nous aussi, les premiers au classement. Sibylle SASSI

Posted by Sibylle at 11:05:12 | Permanent Link | Comments (0) |