MERE ET FILLE
Lorsque je reçu ce matin un joli carton d’invitation nous invitant, moi et ma fille, à un pique-nique chicos au soleil, je fus ravie. Puis je vis, tout en bas à gauche, la mention « telle mère,
telle fille : vous arriverez semblables ». J’en fus stupéfaite. Il me restait alors 2 jours pour découvrir que, venue des USA, cette mode envahissait déjà les collections et faisait la joie d’un certain nombre de mères. Seraient-elles toutes, ces mères, des Déméter rêvant d’un monde où leurs filles resteraient leurs clones, les empêchant de se transformer en Perséphone, reine libre et souveraine dont la possible mutation permet la Liberté ? Dangereuse tentation de céder à l’idée de la mère patriarcale, voulant apprendre à sa fille la féminité lui permettant de s’intégrer dans la société mais au prix d’une liberté souvent sacrifiée. Difficile ambiguïté donc des relations mère-fille dont la fusion ne devra jamais faire oublier la distinction.
En interrogeant toutes les bonnes copines, il apparut donc que le cas s’était déjà posé et on me fournit prestement quelques marques susceptibles de nous vêtir toutes les deux (l’une en 38, l’autre en 8 ans !). Course donc d’une mère et d’une fille à la recherche d’une tenue « synchro » : épuisant ! Première marque à avoir fait poser mère et fille habillées par ses soins (sauf que la fille a généralement nettement plus de 8 ans), Comptoir des Cotonniers : j’empoigne ma fille (la malheureuse petite ne sait pas la journée qui l’attend) et on y va. Accueil très sympa, la vendeuse trouve l’idée ravissante, et nous voilà vêtus très joliment d’une tunique en voile de coton (55€ pour moi, 40€ enfant) et d’un pull de coton gris perle (85€ et 60€), la collection enfant est simple et élégante, on reviendra. Egayées par cet essayage commun, on tente Maje et là pareil, la collec enfant est trop mignonne, on essaie tout sur le regard tout de même un peu désabusé des vendeuses toutes emballées dans des robes-housses plus ou moins seyantes. On trouve un long gilet (noir ou gris 115€ et beige ou taupe69€) à mettre sur un top à bretelles en mailles (noir ou gris lurex 75€ et 59€), et on hésite avec la tunique en crêpe de Chine posée sur un jean. Autre lieu réputé Zadig et Voltaire, mais là déception, on est en fin de saison, il ne reste plus que les tunisiens en commun entre les deux collections. Ils sont tout effilochés aux coutures et même si c’est fait exprès et malgré l’aigle ou le papillon dans le dos, on renonce (75€ et 45€, j’adore quand même les pulls en cashmere aux inscriptions rock’n roll).
Direction Essentiel, la marque belge qui débarque, aux tendances « ethno-chic-bohème -glamour » : on y retrouve évidemment les fleurs qui ont pris le pouvoir cette saison, plus ou moins grandes, plus ou moins brodées mais hors un petit chemisier brodé (brun 69€) à l’enfant, la collection manque un peu de simplicité et ne nous séduit pas plus que l’accueil d’une vendeuse pas vraiment concernée par nos recherches. Un peu à part, Moi et ma Fille, œuvre d’une styliste taiwanaise installée à Paris, propose des vêtements luxueux assez sophistiqués dans une gamme noir et blanc plutôt séduisante (robe en dentelles et guipures 205 et 105€). Toujours dans un style chic, Bonpoint propose toutes les saisons en taille femme les ravissants modèles qui ont fait sa réputation, on ne peut qu’être séduites par cette alliance toujours renouvelée de la mode et de l’élégance (robe en crépon plissé beige ou châtaigne 110€ et 90€). Marc Jacobs a lui aussi lancé une collection enfant en symbiose avec la femme, toute en légèreté et douceur on y retrouvera les tuniques en dentelles (95€) et les petits chemisiers à fleurs qu’on aime.
On continue plus sportswear avec Le phare de la baleine et ses petits cardigans en coton ajouré (rose ou fumée 91€ et 75€), Lacoste et ses robes de tennis à bretelles ou forme polo de toutes les couleurs, idéales pour concurrencer Amélie (125€ et 50€) et Loft design by avec ses sublimes sweats en cachemire et soie (150€ et 90€). Je cède à une petite part d’équitable avec le lapin-doudou bio (24,90€) réclamé par ma poulette (la pauvre arbore le masque tragique d’un enfant soumis au pire) et assorti aux débardeurs en coton bio de Somewhere (14,90€). Pour la nuit, on va s’offrir un ensemble Princesse Tam-Tam (tee-shirt en coton gris à pois blancs 29€ et 20€) ou Laurence Tavernier (la sœur de Bertrand) dont les petites chemises de nuit en plumetis blanc, à défaut d’être très glamour sont follement romantiques (125€ et 62€).
Alors voilà, on peut s’habiller pareil ou presque pour s’amuser un jour, la mère regardera sa fille comme « un ancien reflet d’elle-même», comme « ce qu’elle fut » et la fille la regardera car elle sait qu’un jour elle sera comme elle. Mais on brisera là la symbiose au pouvoir potentiellement si destructeur et on gardera l’essentiel de cette relation si fusionnelle, l’amour, la tendresse et la liberté. Sibylle SASSI