Thursday, May 31, 2007

LES CHRONIQUES DU VENDREDI DE PHILIPPE MEYNIER

LE FORT ET LE FAIBLE

Si l’on protège les faibles et qu’ils l’emportent, les faibles ne sont plus faibles; ils sont les forts, et ce sont les forts qu’on a soutenus. Si les forts sont écrasés, ils ne sont plus les forts. Ils sont les faibles. On a aidé à écraser les faibles. Les vaincus sont les faibles, même s’ils se proclamaient forts. Les vainqueurs sont les forts, même s’ils apitoyaient. A partir du moment où l’on soutient assez le faible contre le fort pour renverser l’oppression, on ne la supprime pas; on change simplement le sens vers lequel penche injustement le plateau de la balance. Les oppresseurs deviennent opprimés, les opprimés oppresseurs, mais l’oppression demeure.

Personne n’est jamais assez fort qu’il ne puisse devenir faible, ni assez faible qu’il ne puisse devenir fort. Le monde est plein d’anciens faibles qui geignent sur leur faiblesse et se servent de la pitié qu’ils inspirent pour opprimer autrui. Il est aussi plein d’anciens forts qui proclament les droits de la force sans se rendre compte qu’ils se condamnent eux-même.

Car c’est bien une des pires perversions de la pitié que de l’appliquer aux forts et de la refuser aux faibles sous prétexte que chacun a pris le déguisement de l’autre. Mais c’est aussi le meilleur de la Justice que de les reconnaître sous leurs oripeaux d’emprunt pour les démasquer et les appeler par leur nom.

Posted by Sibylle in 19:10:56 | Permalink | Comments (1) »