Friday, May 25, 2007

LES CHRONIQUES DU VENDREDI DE PHILIPPE MEYNIER

LA REVANCHE DE LA CIGALE

Tout épargnant sait de tout temps que, les années passant, il ne retrouvera pas l’intégralité de son épargne. La monnaie se dévalue. Les meilleurs placements sont soumis à toutes sortes de risques. La bourse est instable par nature et les gens avertis vous diront toujours que vous vendez au mauvais moment. L’avare ne retrouve jamais toutes ses économies. Un partie importante a souvent disparue.

Alors le prodigue de rire. Il a dépensé pour sa joie ou son plaisir et tout ce qui fut consommé n’est pas perdu. Il lui reste peutêtre encore quelques-uns des objets de ses plaisirs passés. Il s’est formé l’esprit par des voyages. Il s’est créé des relations fructueuses par l’attrait d’une vie luxueuse. Le confort a préservé sa santé. Son aptitude à produire, son aptitude au travail n’ont pu que se trouver accrues de tout ceci.

On croyait que toute sa fortune était dilapidée sous prétexte qu’elle était dépensée. Il lui en reste un peu moins que s’il s’était privé, mais pas tellement moins.

Cela est vrai des individus. Cela l’est aussi des peuples. Tout ce qui est épargné et investi n’est pas conservé. Les révolutios, les guerres, le progrès technique viennent souvent le détruire prématurément.

Tous ce qui est consommé n’est pas gaspillé. Les peuples bien nourris seront plus réfléchis et plus exigeants, donc plus productifs. Plus nombreux seront chez eux ceux qui auront le loisir de chercher, de réfléchir, d’inventer. Toute civilisation vit de surplus, mais autant de surplus investis que de surplus consommés. La fourmi n’a pas toujours raison, l’austère sagesse non plus.

Posted by Sibylle in 18:33:24 | Permalink | No Comments »