CHARONNE BASTILLE
Vous choisissez un jour de printemps lumineux, doux, tendre, gai et sautillant et vous prenez le métro jusqu’à la rue de Charonne. L’idée vous démange de transformer votre appart finalement médiocre en loft designé glamour et high-tech (vous regardez trop la télé), de faire l’école buissonnière, de vous occuper de vous, de regarder le ciel de Paris, de jouir de la vie. Vous portez un ensemble sport, pull d’homme en coton GASPARD YURKIEVICH, tee-shirt AMERICAN APPAREL, jean PEPE JEAN, bottes MELLOW YELLOW, veste kaki BENSIMON. Votre sac est maxi et vos talons en plexi, votre barrette tête de mort est griffée LES BIJOUX DE SOPHIE. L’exploration urbaine peut commencer.
Milieu de la rue, deux magasins obligés : d’abord « LES INTERIEURS D’EDWIN KA » (au 84), décorateur rigolo tendance Paul Smith disjoncté qui vous refera fauteuils et canapés dans un style anglais plutôt décalé. Ensuite, un peu plus loin passage de la Main d’Or, EMERY&CIE, le temple anversois du carrelage : Kleurtjes (reprise des Delft hollandais), faux Iznik (les vrais sont à Topkapi), carreaux incrustés de coquillages ou de pierres semi-précieuses (fleurs d’agate et de lapis-lazuli, oiseaux de malachite), écailles de miroir étincelant comme une peau de sirène fossilisée ou une peau de Bête ayant perdu sa Belle, le choix est stupéfiant et le vendeur sublime et moulé dans un pantalon prometteur. Somptueuses teintes de peinture également
(85euros les 6l). Vous continuez jusqu’au 39 pour tenter à nouveau la tendance commerce équitable chez « Du Beau avec du Sens », tout n’est que coton bio, lin, soie et objets déco genre ethnique que même « moi » je n’aime pas. Mais bon puisqu’il le faut…
Arrêt chez le créateur PHILIPPE ROUCOU et achat d’un sac en cuir doré pile dans l’air du printemps (396 euros), flânerie Passage Lhomme chez les brocanteurs, les tapissiers et les miroitiers du Faubourg, le long de la ruelle remplie de glycine où vous cassez malencontreusement entre deux pavés disjoints vos talons tout neufs, pause lecture à la librairie BDNET avant de faire un petit saut chez ISABELLE MARANT (au 16) qui décidemment reste fidèle à son style bobo de luxe surtout pas trop sexy (le tissu de la robe de la vitrine ressemble curieusement à un sac de La Poste réutilisé… nouveau commerce équitable ?). Si vous êtes déjà bronzée, vous pouvez vous acheter une manchette simplissime ou un tour de cou en étain (75 euros) chez METAL POINTU’S (au 7) ou une ceinture chez LA FEE MARABOUTEE (39 euros) et vous voilà arrivé chez TONY&GUY .
LE coiffeur. Celui dont on parle, celui qui est mode, celui qui vous tutoie, celui qui fait de vous un vrai clubber (la house à fond évite les conversations) mais aussi celui qui est cher et celui qui vous coiffe en fonction de votre porte-monnaie…Vous êtes rupin ? Tant mieux vous aurez le « creative director » et le « technician director », un peu moins, vous n’aurez que le « director manager » ou le « style director », c’est la débine ? Alors seulement le « stylist » et le « technician », le prix va du simple au double, la technique aussi sans doute… et il ne reste pas grand-chose de l’envie. Fracture sociale banalisée, envie déstructurée, compte en banque sinistré, voracité.
Il ne reste qu’à rejoindre la Bastille, vous vous devez de vous arrêter chez SILVERA voir ce qu’il convient de posséder pour exister, pourquoi pas deux lampes TIZIO d’ARTEMIDE, l’AIR CHAIR ou l’EASY CHAIR (80 euros) de toutes les couleurs, et quelques poufs TATO… Plus loin, LIGNE ROSET, CINNA ou CONCEPTUA, prise de vertige vous vous interrogez, la vie ne serait-elle qu’un musée ? Vous vous consolerez en suçotant des dragées de chocolat achetées chez ANDRAUD (12 rue de la Roquette) et ce soir vous jouirez sur un tapis ARTELANO immaculé moulée dans des dessous WOMEN’SECRET. Vous êtes La Mode. Sibylle SASSI
ophique, mais non, les grands esprits ne se rencontrant pas toujours, il s’agit simplement du message messianique que veut faire passer NIKE en célébrant les 25 ans de la AIR FORCE ONE ! Foudroyée par un tel aplomb je me précipite néanmoins dans le conceptstore éphémère (événement « gorilla »), le FORCE CLUB, ouvert à Etienne Marcel. Entrée style boite de nuit, deux cerbères oreillettes en place et lunettes teintées, sanglés dans du Hugo Boss me dévisagent avec méfiance, mon gracieux sourire les convaincs sans doute et j’ai le droit de descendre. Enthousiasmée par ma propre réussite j’inspecte les lieux (je peux prendre mon temps je suis toute seule !) : décor industriel du designer Bruno Kilgore, salle de projo, les 6 joueurs mythiques de baskets Mases Malone, Michaël Cooper, Jamaal Wilhes, Bobby Jones, Michar Thompson et Calvin Natt, vêtus de combinaisons inter-galactiques incarnent les 6 éléments à la gloire de la AF1 : Héroïsme, Endurance, Excellence, Audace, Constance, Pureté. Rien que ça ! Sinon, que des godasses ! Une seule forme mais de toutes les couleurs. Il paraît que c’est la chaussure la plus vendue de tous les temps, Pas très féminine en plus. Le vendeur me conseille la légendaire WHITE ON WHITE Suprême 07, mais à 250 euros je lui rie au nez ! Enfin si ca vous tente tous les modèles seront sur les Champs. Dans la galerie voisine, le Performance de HAN BING me laisse pantoise : six choux ou approchants bien verts sont enchaînés au sol sous la menace de ciseaux géants tout velus ! Wu Gaozhong met en scène ses cauchemars dans lesquels les objets de la vie quotidienne se transforment en créatures sauvages et poilues…Ah l’Art !
Au bord de la psychose et trois Xanax plus loin je retrouve tout le long d’Etienne Marcel mes belles boutiques chéries pleines de choses miraculeuses pour le printemps : restons sportswear et streetwear avec BILL TORNADE (blouson rouge 230, jupe 140), PAUL ET JOE, DIESEL (la Diesel 1978 en toile blanche n’est, elle, qu’à 75), LEVI’S (jean blanc 80), REPLAY (sneakers noirs ou ciel 136), ET VOUS et SACHA. N’oubliez jamais de faire un tour chez KILIWATCH, ne serait-ce que pour feuilleter POP, W, VOGUE, ABOVE MAGAZINE, L’UOMO, TRACE, DEDICATE, SLURP ou FRAME qui à défaut de vous faire comprendre la mode vous montreront quelques jolies exemplaires de photos bien trash à tenter de reproduire pour pimenter la soirée.
Harassée comme une gagneuse au sortir d’un back-room je cours chez CITADIUM pour découvrir la collection londonienne FENCHURCH : crée en 2001, la marque de streetwear urbain a bénéficié de l’apport d’artistes, de designers, de photographes ou de musiciens (TACTEEL, TEKI LATEX) qui ont donné au style une culture secondaire qui, alliée à la popularité initiale d’instore, a permis un développement rapide. Bon, ceci dit, c’est pas super sexy mais c’est pas non plus très cher (tee-shirts 19,99 ; robe en maille 55…). Je reste un peu perplexe, Londres nous avait habitué à plus d’excentricité (surtout n’oubliez pas la collection KATE MOSS chez TOPSHOP). Bref, si vous faites partie des 48% de françaises qui pratiquent un sport, moi je vous conseillerais plutôt la simplicité d’un blouson PUMA noir ou blanc (70), un caleçon et un coupe vent STELLA MAC CARTNEY pour ADIDAS, une paire de REPETTO, de FEIYVE ou de VEJA (85 tendance commerce équitable), un petit poignet éponge LACOSTE pour le fun et un brin de métallisé argent pour le glamour. Laminée par cette débauche de marques, je me traîne jusqu’au stand hommes où une créature me refile en minaudant une paire de SWEAR blanches (135), une de BLACKSTONE, deux de PAUL SMITH et trois de BIKKEMBERGS. Mon Américan Express rend l’âme, un gouffre existentiel s’ouvre sous mes pas, je porte un imper PRADA, un sweat MISERICORDIA et des sneakers à lacets en anaconda. Anthropophagie. Sibylle.