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Hello, hello,
Hello, hello,
Samedi soir on a un dîner. Samedi dernier on en avait un. Samedi prochain il est bien probable qu’on en ait un autre. Et encore le samedi d’après. Sans compter les impromptus de milieu de semaine. Et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Et en partant du principe que « dans la vie l’essentiel est de porter sur tout des jugements a priori » (Boris Vian), il apparaît qu’ils se ressembleront. Tous. Plus ou moins. Et ils auront tous au moins un point commun : on peut pas arriver les mains vides. Début de l’enfer.
1ère hypothèse : on connaît pas du tout nos hôtes, des précautions s’imposent, on fait classique : fleurs, pinard ou chocolat. On apporte ou on fait livrer le lendemain ? Question ibsénienne à laquelle on tentera de répondre:- on s’habille hyper festif et on va défoncer nos Manolo Blahnik en piétinant à 20 heures dans les mares stagnantes de Monceau Fleurs ou du Jardin des Fleurs derrière tout le quartier qui est là. On hésite deux plombes entre les roses, les tulipes et une branche de forsythia comme un souvenir d’enfance, on frissonne devant le bouquet trop bigarré d’un commercial en surchauffe nerveux comme un lévrier, le papier glacé crisse, et on sort en courant pour cueillir la prune qu’on vient de récolter en plus.
- On est prévoyant, on s’arrête à 6 heures chez Au nom de la Rose (11 roses de campagne multicolores 18€), à la Maison du Chocolat (22,9O€ les 230g de chocolats noirs), chez Jeff de Bruges (ballotin de 500 g à 16,40€), chez De Neuville (ballotin 470€ à 18,80€), ou Nicolas et on ressort rasséréné, l’objet à la main, avec l’air fat et satisfait de l’homme respectable.
- On est super organisé, on commande le top sur Lavinia (Laurent-Perrier Brut 28,50€), Grigno Tek (Eau de Vie de Poire 29,50€), Aquarelle, 123 Fleurs, Interflora, ou La Maison du Whisky à faire livrer le lendemain, c’est chic et on a encore le temps de s’envoyer quelques verres au bar du Fouquet’s Barrière avant de rejoindre ce dîner de cons au volant d’une Mercos 5 l qu’on conduira comme une tondeuse à gazon.
2ème hypothèse : on connaît la maîtresse de maison, elle a tout, comme tout le monde, on se souvient qu’ils ont un enfant nommé Bob, à moins que ce ne soit leur chien, mais elle suit la mode, on va donc lui refiler les dernières tendances : - Tout japonais : comme Amélie Nothomb, on en pince pour le pays du soleil levant, on a le choix entre du thé (Mariages Frères), des baguettes précieuses (Christofle 55€), du Japonese Bath à la fleur de cerisier (Shu Uemura 29,50€), du papier à lettres dont les papillons s’envolent délicatement ou des piques à cheveux laqués (20€ et 15€) au Bon Marché- Tout déco, pour ses tables baroques, graphiques et opulentes, on a le choix entre les bougies noires d’Ex Voto (Absolut Ginger 40€) ou de Jowood, les verres noirs d’Habitat (8€), les bougeoirs-gobelets teintés d’argent de Leonardo (5,25€), ou les tête-à-tête luxueux de Beauvillé (« Caucase » ou « Aïda » 40€)
- Tout œnologie, pour son homme au visage d’épave : une clé à vin (Screwpull 89€), un égouttoir à carafe (Atelier du vin 17€), un tire-bouchon perroquet d’Alessi (env.44€), ou un abonnement de 3 bouteilles/mois pendant 6mois (Chateauonline 197€) qui l’achevera.
21 h, je suis prête, il me revient soudain à l’esprit qu’elle pourrait avoir une belle-mère junkie, j’ai donc apporté des lots de consolations empilés dans mon cabas comme des corps au fond d’un charnier, 6 assiettes au profil animalier (Fou de Dînette 16,50€), un pot d’un kilo de confiture de fraise à la menthe (Bonne Maman au Galeries Lafayette), une paire de bottes en caoutchouc (Marc Jacobs 39€), une bouteille de Mumm Grand Cru (Fauchon 38€), et le HTC Touch Pocket PC (Orange). La chambre aux murs de guingois baille doucement sous les rayons du soleil déclinant, mon cavalier a le regard limpide comme un verre de gin, l’envie de rester devient incoercible, il ne faut pas, ce soir c’est samedi et on dîne. Sibylle SASSI
LA LIBERTE DE L'HISTOIRE
Il est plus facile de "prédire" le passé que l'avenir. J'entends "prédire" au sens de mettre en théorie, en une suite logique, une série d'évènements; même pour le passé ce n'est pas si facile. On y arrive cependant et bien des systèmes expliquent la suite des évènements de l'Histoire des hommes jusqu'à leur publication. Chacun se construit sa petite histoire personnelle qui explique pour lui seul ce qu'il fut et ce qu'il croit être. L'enfance, l'adolescence le début de la maturité se mettent en ordre pour un homme qui se justifie à ses propres yeux.
Mais il ne faut pas laisser dormir ces belles théories en quelque armoire close ou au fond de la mémoire. Si on ne les a retouchées et qu'on les reprenne des années après, on s'aperçoit qu'elles ont tout expliqué de ce qui les précédait, mais rien de ce qui les a suivies. Comme s'il y avait une liberté de chacun et de tous, une trop grande diversité de chemins à compter de chaque point; avoir pris l'un d'eux pour un temps, ne nous oblige pas à le continuer. A y regarder de près, ceci est assez réconfortant. Notre destin personnel ou collectif contient encore plus de possibles que nous ne pouvons en imaginer. Les faiseurs de système ne prédisent que la nostalgie de leur propre passé habillé de mots nouveaux.
L'imagination de l'Histoire totale, comme l'imagination de l'histoire de chacun, sont encore infiniment plus grandes que notre imagination personnelle. L'inconnu qui nous attend justifie toute crainte, toute espérance et d'abord toute curiosité...Heureusement. (retranscription Sibylle SASSI)
Lorsque Platon enseignait à l’Académie ou Aristote au Lycée, célèbres gymnases d’Athènes, la recherche de la Beauté du corps ainsi que l’hommage aux Dieux étaient les incitants, avec l’orgueil de la vie, à l’apparition de la nouvelle religion de l’athlétisme. La création des gymnases, temples et foyers de vie regroupant toute un population s’étend alors partout, exaltation de la vie humaine car, ainsi que nous l’exprime gaiement un contemporain : « le cheval donne à son cavalier l’impression d’avoir 4 jambes ! ».
Antithèses de Sparte, seule Cité antique admettant aussi les femmes dans ses gymnases, Curves, Lady Moving et Lady Fitness ne veulent pas d’hommes dans les leurs et se concentrent sur les circuits forme/minceur/30 mn, pas trop glamour mais efficaces pour les plus pressées, aussi ai-je décidé, pauvre femme aimant les hommes que je suis, d’aller plutôt traîner vers L’Usine, temple luxueux du Sport dans le triangle d’or parisien.
14h : look sport : ensemble tee-shirt à capuche et short gris Freddy (39 et 39,90€), sweat Dimensione Danza et it-bag Fendi à 2000 tickets pour remonter le niveau : espace à la déco très loft post industriel, bois sombre et murs aux briques apparentes, salon de cuir lounge, silence et odeur douce, on est loin de la musique assourdissante et des relents odoriférants de certaines salles. J’ai droit à la visite complète après avoir exprimé mon souhait de (peut-être) m’inscrire. Machines ultramodernes, espace cardio, musculation, cycling ou stretching, évidemment tout y est, Pilates et Power Plate, Yoga ou sports de combat, 70 cours par semaine, l’éventail est parfait même si l’espace est beau mais pas immense. Numerus Clausus me répond le « Mécano », 2000 adhérents très diversifiés donc jamais d’attente aux machines (peu de monde à cette heure-ci, un homme chauve comme une ampoule électrique pédale mécaniquement les yeux vissés sur un magnifique écran de télé, un deuxième en mini-short s’enferme religieusement dans une cage à strech aux relents vaguement sado-maso).
Cerise sur le gâteau, salles de repos à la lumière tamisée, vaste sauna, hammam carrelé et salle de soins et de massages somptueux dans les sous-sols voûtés. Reste le prix, élevé, et les suppléments si l’on souhaite coaching (88€/séance), casier individuel (250€), prêt d’I-pod, pressing ou autre douceur.
Voulant rester raisonnable (mais à l’impossible nul n’est tenu), je m’oblige à une deuxième enseigne, le Club Med Gym est derrière chez moi, tout le quartier y va, mais après tout le tarif est plus bas. Accueil délicieux de Monic qui n’hésite pas une seconde à me faire visiter, salles immenses, personne ou presque (une femme à la cage thoracique style radiateur marchant comme si elle était montée sur roulettes), conditions idéales en dehors des heures de pointe (parce qu’à partir de 18 h, c’est l’usine ( !), à deux par machine me dit-elle avec humour). Le cours de Rock ou de danse orientale me tente, vais-je m’inscrire ? Aucune pression, un prof acharné comme un marteau piqueur répète son enchaînement, je rêve que grâce à lui j’en ressortirais mince et musclée, je souris déjà en évitant le regard de bête traquée d’un homme écrasé sous une barre de fonte, je réussirais me dis-je, un peu de volonté, et je serai transformée en GI Jane, je renoncerais à tout ce qui est mauvais, je serais à nouveau mincissime et trendy, hype et glamour, poétique et séventies, je ne me sécherai jamais les cheveux toute nue dans les vestiaires, je n’exhiberai pas mon corps fripé comme s’il le fallait, je garderai la pudeur qui sied, je serai resplendissante, « je ne suis pas un être humain, je suis de la dynamite » (Nietzsche). Sibylle SASSI
| CLUBS
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TARIFS*
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| FOREST HILL
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70€/mois+120€ inscription
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| MOVING
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690€/an+150€ incription
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| CLUB MED GYM
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Carte de base 735€ /an
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| LADY MOVING
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59€/mois+100€ inscription
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| CERCLES DE LA FORME
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625€/an+50€ inscription
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| L'USINE
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1390€/an
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| VIT'HALLES
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680€/an
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| CURVES
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49€/mois+149€ inscription
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| * Tarifs de base fournis à titre indicatifs, fluctuant selon les salles,
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| votre âge (étudiant, sénior…), votre (éventuel) comité d'entreprise,
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| et votre capacité de négociation!
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LA LOGIQUE OU LA VIOLENCE
Les idéologies qui s'affrontent autour de nous sont affirmées de façon d'autant plus péremptoire et violente que leurs fidèles pensent moins à nous les présenter comme déduites d'arguments raisonnables ou soutenus par des preuves claires et précises. Si, en fait et en droit, l'homme est maitre de la nature, y compris de son corps et de son esprit, s'il crée seul par sa volonté l'ordre de ce monde, comment pourrions nous exiger qu'il justifie cette volonté ou ces choix? L'homme qui se veut libre ne saurait voir limiter sa liberté par l'obligation de prouver. S'il a le droit de ne point se soumettre, comment pourrait-on justifier sa soumission à la logique?
Ce n'est pas par hasard ou par erreur que trop de nos "penseurs", nous libérant des préjugés, veulent en même temps nous libérer du souci de la preuve et avant elle, du doute. C'est par une dernière soumission à la logique qu'ils abrogent : libre à l'égard de la foi de ses ancêtres, de la société et de la nature, l'homme ne peut être soumis à rien et même pas à une méthode de recherche et de connaissance. Il ne doit point chercher à connaitre : il doit vouloir et agir comme un créateur souverain et originaire.
Ces thèses ne sont point fantaisistes ni faciles à rejeter. Elles sont le fondement même de la pensée de trop d'entre nous. Les voici maintenant, ayant rejeté ce qui seul peut unir les esprits, le doute, la logique et la preuve, qui n'ont plus entre eux et à notre égard que des rapports de force et de violence.
"Entre les hommes, il n'existe que deux relations : la logique ou la guerre...Si l'on refuse de vous donner des preuves, souvenez-vous que vous êtes attaqué et que l'on va vous faire obéir par tous les moyens..."Paul Valéry
La rentrée et déjà il faut étudier la mode de l’été prochain. Maxi cabas à l’épaule et bottes cavalières aux genoux, je m’enfourne comme tous les 6 mois dans cette gigantesque usine des tendances prête à me régurgiter complaisamment les dernières créations dont aucun de nous ne saurait plus ses passer. 12h30 : sous le regard habituellement haineux d’un stock d’attachées de presse ou se proclamant telles, j’arrache un siège libre devant le podium dégoulinant de lumière du show. Revue de mode des 70’s à aujourd’hui menée par un fantastique condensé du Rocky Horror Picture Show revu façon 5ème élément qui se déjante sur les sons disco-funk de la Tecktonik; perruques afro, paillettes et talons aiguilles entraînent dans la sensualité et le glamour des silhouettes multicolores, gaies et fluides mélangeant sans complexe aucun couleurs flashy ou plus graphiques, style disco ou hip hop, polos british ou tendances ethniques accessoirisés à mort de gants, lunettes, ou talons extravagants qui feront comme toujours de notre élégance estivale une inestimable protection.
Les Jeans encore et toujours, tous usés pour une allure vintage, encore slims (adieu les skinny) mais de plus en plus de tailles haute et jambes larges : Phard, Koyo jeans, Blue Cult, Acquaverde, Youdally ou Ernest (mieux vaut alors avoir le ventre de Madonna que celui du regretté mais gros Pavarotti) côtoient des tonnes de tee-shirt glamour et strass, pailletés à l’excès ou aux imprimés souvent 60’s (Kate&Jack et ses tee-shirts Marylin, Blackpearl avec bulldog et trèfles à 4 feuilles, Hello Kitty, Van Dutch dont on évitera définitivement les baskets glitter mais dont on adore les ruineux tee-shirts siglés Ed Hardy, Lili la Tigresse, Philip Plein, Free for Humanity, Snob, Touch Luxe, Aston’s Master Vintage, Kaporal) donnant tous dans un bling-bling foudroyant.
Pas moins discret et, passé 15 ans encore plus dur à porter, le fluo flashy perdure jusqu’à l’été par petites touches ou pièces entières (Elle, Mellow Yellow et ses sandalettes, Lazy Oaf. J’aimerais vraiment me mettre un masque de Smiley jaune fluo sur la figure en écoutant Eminem et obliger ces foutus créateurs à porter ça pendant 15 jours !) Mention spéciale pour Crocs dont les immondes sabots parfaitement inutiles ont parasité notre été et qui semble pourtant enclin à faire du mauvais goût sa référence de base ! Couleurs multicolores toujours en force dans les collections des chausseurs sport (Keds, Springcourt, Converse, Superga, Gola et son infinité de sacs, Air Force One) et coup de cœur pour les mocassins en peau et les bottes indiennes de Minnetonka dont la vue me transforme malgré moi en acheteuse compulsive ultra wild !
Plus tard. J’échoue, telle une sirène à Copenhague, sur le stand ultra clinquant de Victoria’Couture. Affluence record, la malicieuse chatte Kitty se retrouve sur les maillots, pulls en cachemire et multiples accessoires plus ou moins clinquants auxquels elle nous a désormais habitués. Mais, le buffet est abondant et, vautrée dans le cachemire, je consulte religieusement le catalogue le temps de me bourrer de canapés et de descendre trois petites coupes !
15h : je dodeline, la chaleur m’écrase (serais-je défoncée ?). J’ai le cœur à la dérive et je dirige mes pas hésitants vers les basiques, les « tons macarons », toutes ces »petites » marques créatives qui offrent matières et coupes soignées à des prix abordables et qui nous boboïseront cet été. Bellerose et Filippa K proposent de petits costumes gris (le gris devenu le « nouveau noir ») bien ajustés et des cardigan de coton aux manches bouffantes allant à ravir sous les paletots de cuir fauve au col arrondi et manches ¾ de Hampton Bays. Des Petits Hauts de jersey gris ou beiges aux formes fluides iront sous les cachemires élégants (Les Petites), les robes sont féminines et pour toutes les occasions, tantôt casual chic, tantôt baby doll chez Sandro, Bérénice, Blancs Manteaux, Bel Air, Ba&sh, American Retro, Lil pour l’autre, Iro ou Swildens.
17h : Je me dirige vers la sortie, écrasée sous le poids de 13 kg de catalogues, 7 sacs publicitaires, 1 éventail espagnol (Desigual), 5 cordons à portable ou clé, 4 tee-shirts (dont 3 Chevignon, j’ai refait 3 fois le tour du stand), 9 porte-clés, 32 auto-collants et une paire de bas bizarrement offerte par un japonais ambigu auquel j’étais prête à claquer le beignet. J’ai eu quelques coups de cœur, j’ai dansé sur de la tektonik, j’ai un peu perdu le contrôle, j’ai vu les clients et leur œil bovin, j’ai définitivement renoncé au lifting, j’ai vu la mode premium, la mode conceptuelle, les marques féminines qui montent et le streetwear funky, je rentre éperdue. Sibylle SASSI
Mes coups de cœur du Salon :
- Josephine&Co pour ses silhouettes cavalières chics, bottes très hautes et chemises éclatantes sous des vestes strictes
- Urbahia pour ses délicieux petits impers en coton ou vinyl multicolores
- Maison Fabre pour ses gants « absolutely fabulous » (au Bon Marché)
- Vicomte Arthur : allure sportive et qualité irréprochable pour un nouveau venu dans l’univers du luxe
- Le Qee, petit personnage mythique, en vente chez Artoyz
Evidemment les règles restent un peu obscures pour la plupart d’entre nous : piliers, talonneurs, ouvreurs, demi de mêlée ou demi d’ouverture, seul l’initié comprend, mais finalement on s’en fout, nous, tout ce qu’on sait c’est qu’on regarde les Dieux du Stade, des hommes devenus icônes tant des calendriers que de la haute couture, tout en muscles, combativité, et fair play et qu’on va s’en inspirer pour un fashion parcours transformé !
J-2 : Direction Colette qui propose en exclusivité jusqu’au 15 septembre la collection Rugby de Ralph Lauren. Introuvable ailleurs qu’aux Etats-Unis, la collection reprend un style high school vintage avec des polos rayés (89€), des chemises oxford, des vestes en tweed (99€) et des vestes en coton gansées (489€) dans le plus pur style anglais. Ballons siglés Colette (50€, les plus riches en trouveront même un chez Chanel, Karl se laisse peut-être un peu aller), écussons et écharpes en laine complètent une collection rassemblée autour d’un vieux baby-foot dont l’usage intensif fait par les vendeurs laisse rêver quant à l’application des 35 h.
Chez Polo Jeans Company, les polos manches longues avec écusson rebrodés au fil d’or (135€) sont somptueux, chez Coast+Weber+Ahaus, la veste british se pare de rayures tennis chocolat (685€) tandis que chez Gant, la collection aux racines100% américaine remet au goût du jour blazer club, pull à cotes écussonés et polos en laine rayés (177€) dignes des meilleures équipes universitaires
Jour J : France-Argentine : affalés dans le salon, les 12 amateurs de rugby qui se sont invités décapsulent la première canette après une imitation plus ou moins heureuse d’une haka aux relents plus sud-ouest que néo-zélandaise. Les dés sont jetés, il faut tenir les 80 mn règlementaires. Je suis prête. Robe polo rose fushia ( LA couleur de l’hiver) et sweat assorti (Puma 59€), baskets Adidas à bandes roses (modèle Midiru W Suede 75€ sur Sarenza.com), je distribue joyeusement les maillots du XV de France (aux fans de Raphaël Ibanez et de Frédéric Michalak), d’Angleterre (Nike 75€), d’Argentine et de Nouvelle-Zélande (Adidas 65€ : les partisans des All Blacks déclarent préférer un suicide collectif à l’idée de mettre un autre maillot pour la soirée même si l’équipe ne joue pas ce soir !). J’ai même prévu un lot d’écharpes FFR (Nike 15€) et des mini-ballons roses (Eden Park 29€) pour égayer la soirée. Les hommes hurlent, je distingue des mots inconnus, les « cravate » succèdent aux « en-avant », un « ballon propre » suit un « nettoyage » et un « ballon mort », un « gros » se retrouve dans un « maul », Clément Poitrenaud, arrière de folie, se fait acclamer tandis que Juan Martin Hernandez joue du coup de pied comme si sa vie en dépendait. Je sers mon cassoulet languedocien au confit arrosé d’un Cabernet Sauvignon fruité (Comtesse du Barry 11,90€ et 4,90€), on m’acclame en prenant l’accent méridional, plus que 10 mn de jeu, la France se transcende et mouille le maillot, j’enfile mon rugby d’homme rayé tricolore spécial World Cup 2007 au logo officiel IRB (Eden Park 110€) et ma jupette orange fluo genre bombe thermo-nucléaire (Adidas 45€), et je sors. Je rejoins, seule, le « quartier de la soif » redécoré par Nike, la tribu de mes supporters est là, je me jette dans la mêlée, le combat sera fatal, 9 à 5, d’ici minuit, je le parie, l’essai sera transformé. Sibylle SASSI
Cette semaine :
- Ouverture du Nikewomen store, 36 rue de Passy 75016, 120m2 dédiés au sport au féminin
- 7 septembre : sitcom Coq Sportif « Rugby or not to be » sur la toile avec Frédéric Michalak, Sergio Parisse et Jean-Pierre Rives
- Expo « La mêlée des cultures » Quai Branly, à la découverte des 20 nations concurrentes (jusqu’au 20 octobre)
- Découvrir les nouveaux produits de soin français et artisanaux « Au Bonheur des Hommes » ainsi que la gamme « Les Dieux du Stade »
- Se précipiter chez André qui sort une mini collection crée par Michel Vivien : 4 modèles (ballerines en veau velours 125€)
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ELOGES DE LA PARESSE
Lorsque j'étais écolier, il y avait dans ma classe deux élèves que j'estimais particulièrement car ils se disputaient les dernières places tout en poursuivant, tant bien que mal, le cycle difficile des études enfantines. Leur paresse était légendaire, mais il m'arriva une fois de les percer à jour.
Pour occuper cruellement un jeudi, on nous avait demandé de faire le résumé d'un chapitre d'Histoire de France. Cela représentait dans notre livre une dizaine de pages. Je ne sais comment je m'en tirais, mais je me souviens très bien du jour où le professeur corrigea les copies. L'un de mes condisciples avait recopié intégralement le chapitre de façon purement mécanique, probablement en rêvant aux prochaines vacances ou à quelque jeu merveilleux qu'il se préparait d'organiser dès qu'on lui en laisserait le loisir. L'autre avait pris la peine de lire le texte, de le comprendre, d'en retenir deux ou trois faits majeurs et de les décrire en 5 ou 6 lignes au plus. Peu importe le jugement que porta le professeur sur ces travaux. J'ai compris depuis la leçon de ces deux paresses divergentes et nobles.
La première était fuites de toute réflexion, de toute attention, de tout effort intellectuel, même au prix d'un effort physique long et pénible. Tout plutôt que comprendre. La seconde était volonté de rejeter la contrainte la plus longue. Tout pour gagner du temps. Comprendre, raisonner mais finir.
Quel était le plus sage des deux? Quel est celui qui sut le mieux triompher des embûches de la vie et notamment de ce piège insidieux qu'est le travail? Je vous le laisse à deviner et je voudrais bien le savoir.
Les Jeunes Filles en Fleurs de Proust pique-niquaient sur la digue de Balbec de sandwich au chester et à la salade, de gâteaux de chocolat « aux fadeurs de crème » et de tartes à l’abricot aux « fraîcheurs de fruits qui en savaient long sur Combrai » Il y aurait bien sur quelques madeleines et du fromage blanc, les femmes y seraient d’une extrême élégance « dans un lumière humide, hollandaise, où l’on sentait monter dans le soleil même, le froid pénétrant de l’eau »*. Souvenir proustien et tendre et rôle majeur de la mémoire d’un instant parfait, loin des conventions de rigueur, moment libre et enfantin, gai comme la réunion de tous les convives apportant chacun librement leur écot à poser sur une nappe hâtivement tendue à l’abri des insectes. Pique-nique chic et argenterie à l’ombre des araucarias, pique nique simple et champêtre où un rosé gouleyant fera couler le saucisson, pique-nique des enfants enfuis au fond du jardin à l’abri des regards, pique-nique coquin au champagne sous les étoiles, repas éphémère dont ne restera dans l’instant qui suit qu’un bonheur aussi véritable que la subjectivité chez Kierkegaard.
Les femmes se sont assises dans l’herbe sur un plaid (Kenzo 194€-30%), une petite fille aux taches de rousseurs grosses comme des petits pois tape sur une balle de jokari jaune (Nature&Découvertes 19,95€) tandis que le bébé dort au pied de l’ancêtre enfoui dans sa méridienne (chaise longue double Rich de Dom 149€). La nappe « A l’ombre du platane » (Pa Design sur Decoclico.fr 59,90€-25%) est plutôt sous un vieux chêne laissant tomber nonchalamment de temps à autre quelques glands jaunis. On a hésité longtemps entre un luxe ostentatoire et insensé (panier à pique-nique en toile de jute et thermos recouverte d’osier Hermès 470€ et 680€, malle pour 2 personnes comprenant vaisselle, nappe, serviettes, ouvre-bouteilles Le Prince Jardinier 295€, gourde gainée de cuir et étui à gobelets siglés Holland&Holland 790€ et 471€) ne nous laissant que les yeux pour pleurer et du ludique raisonnablement coloré. Finalement on a opté pour des paniers (panier de bambou 4 couverts Grignotek.fr 49,80€, panier de fil de fer et poignée de bois Comptoir de Famille 32€) et un porte-bouteilles de toile tilleul (Delamaison.fr 16,50€-25%) qui contiendra le rosé et le sirop de cassis. Les hommes ont installé quelques pliants (Lafuma 15€) et sorti leurs Laguiole (Laguiole en Aubrac, pointe de corne ou de genévrier 95€-40%).
Les provisions sont sorties des paniers, j’ai choisi bizarrement de la vaisselle en acrylique, les verres sont d’un orange quasi-radioactif (mélangé avec la couleur du cassis, ce sera à dégueuler) et les assiettes sont bleues et vertes (set pour 4 personnes 19,90€-25% La Chaise Longue). Je regrette amèrement la porcelaine Haviland et le cristal de Baccarat mais les sacs étaient déjà bourrés de façon obscène et puis de toute façon, je les garde pour épater le grotesque pince-fesse du prix de Diane (autant avoir des principes même s’ils sont inutiles). Grâce à Dieu le pain croustille, on étale généreusement les rillettes d’oie, les courgettes à la picada et le oli-mélo de légumes (Bienmanger.fr 6,30€ et 3,50€), les hommes croquent dedans avec leurs grosses dents carrées alignées comme des pierres tombales, les enfants sautillent, ils ne savent plus pêcher les écrevisses mais possèdent un ballon noir comme l’enfer (Marcel Wenders 25€ sur Madeindesign.fr) et un jeux de badminton dont on entendra le sifflement du volant jusqu’au soir (set complet de badminton 18€ Koodza.fr).
La nuit tombe, « C’était un soir ravissant où le coucher du soleil n’avait oublié qu’une couleur : le rose »*. On allume les bougies à la citronnelle (Nature&Découvertes 6,95€) et on disperse de jolies petites veilleuses de bois (déco@venue 14,90€), les voix deviennent monocordes, j’observe avec une satisfaction écoeurée la béatitude des visages, l’ancêtre se casse encore quelques dents sur des pralinettes aux noix (valette.fr 4,30€) engouffrées avec avidité, les petits verres d’eau de vie de poire (grignotek.fr 28€) circulent pitoyablement pour ne pas attirer mon attention, trop tard, rien ne m’échappe, je retire mon tablier légèrement ensanglanté (Castelbajac 35€-40%) par la découpe à vif de quelque animal égaré trop près des restes, il est temps de renoncer à toutes ces salades et de rentrer retrouver la chaleur apaisante d’un lit aux draps de lin dont l’envie me torture. Sibylle SASSI
*Marcel Proust : A l’ombre des jeunes filles en fleurs
Tenter :
- l’année prochaine, de se faire inviter au mystérieux pique-nique blanc improvisé dans Paris tous les ans au mois de juin.
Bien sur ce sont les soldes. Mais c’est bien sur aussi « la saison ». Dès le printemps et jusqu’au derniers jours de l’été, les joueurs sont à l’affiche et ont décidemment le beau rôle. Collections entières dédiées à une allure so chic et so british convoitée même par ceux qui confondraient une batte et un maillet, un cheval et une antilope, et l’Agha Khan avec son palefrenier. Polo à dos de cheval ou d’éléphant pour les plus exotiques ou les plus chics (ou les plus riches ?), cricket, golf, tennis, rugby (coupe du Monde oblige), professionnels ou aficionados, tout est prétexte cette saison à afficher les plus beaux vêtements et les plus grandes marques aux couleurs de nos équipes préférées. Profitons des soldes donc pour acquérir cet esprit d’équipe et habiller la famille sans y laisser nos chemises.
LUI : il est le fils d’un fougueux joueur de polo argentin, d’un flegmatique joueur de crickett anglais, d’un athlétique joueur de football américain, d’un skipper espagnol fier et sombre, d’un observateur nonchalant du Derby d’Epson et (peut-être) d’un (alcoolique ?) joueur de boule marseillais. Son élégance séduit et inquiète, il le sait et en joue :- chemise LA MARTINA (l’enseigne prestigieuse argentine devient « la » marque la plus chic du marché. La trouver en France relève du défi, les prix sont élevés mais l’allure inégalable ! Soldée 151€ au lieu de 215 chez Old England, vêtements, sacs et accessoires soldés également avenue de Friedland).
- polo HACKETT, aux couleurs des équipes anglaises (90€-30%)
- jean blanc FACONNABLE (105€ au lieu de 150€), ou version éco SOMEWHERE (pantalon blanc pur lin 49€-40%)
- pantalon de toile blanche (210€-30%) et pull en coton et cashmere écru (175€-30%) PAUL &JOE
- bermuda de coton marine ou gris FULL CIRCLE (75€-40%), ou SOMEWHERE (bermuda en lin marine 39,90€-40%)
- pull de coton gris ou bleu outremer ACNE JEANS (175€-30%)
- maillot et chaussures bateau AIGLE (40€ et 68€)- bonnet de coton rayé façon loup de mer PAUL SMITH (37€ au lieu de 52€)
ELLE : elle est son égérie, fille fantasque de Suzanne Lenglen et Tiger Woods, d’un nabab et d’un capitaine d’industrie, de Romy Schneider et de Lauren Bacall, gracieuse comme une écuyère, aventurière à la Mati Hari, cruelle et rigoureuse comme un tireur d’élite, elle se prête volontiers au jeu d’une élégance simplissime qui la ravit :
- trench blanc court et croisé en coton et lin JOSEPH (471€-30%)
- veste à capuche en maille rayée marine et blanc POLO RALPH LAUREN (125€-40%)
- pull torsadé de soie vert RALPH LAUREN BLACK (260€ au lieu de 395)
- chemisier de popeline blanc PAUL&JOE (170€-50%)
- polo en maille écru et col popeline blanche JUICY COUTURE (170€-40%)
- pantalon de laine à rayures tennis brun/blanc et bouton drapeau anglais sur la poche arrière PAUL SMITH (300€-50%)
- jupe coton et soie écrue à poches soufflets MISSONI (695€-50%)
- bermuda blanc et maillot blanc 2 pièces APC (85€-50% et 65€-50%) ou SOMEWHERE (bermuda blanc 34,90€-40%)
- sandales plates noires PRADA (185-50%) ou SOMEWHERE (49€-70% !)
- bottes cavalières en cuir noir CHANEL (non soldées)
- étui à raquette de tennis ANYA HINDMARCH (250€-40%)
L’ENFANT est digne du meilleur collège anglais, du haut de ses 7 ans il regarde la vie avec la morgue d’un aristocrate désargenté sur le perron de sa maison palladienne, mais à ses yeux azurs on ne peut résister. Fils du soleil et d’une aurore boréale, il dompte ses épis rebelles et s’avance triomphant vers une victoire certaine :
- blazer rayé beige (235€-40%), chemise blanche (55€-40%), bermuda blanc (110€-40%), le tout OLD ENGLAND. Ou, version éco, KIABI (bermuda popeline blanche 5,59€)
- Jupette de tennis blanche gansé de marine (80€-40%) et débardeur en maille de coton marine gansé de blanc (65€-40%) OLD ENGLAND ou KIABI (pull blanc col v 4,99€)
L’équipe est fin prête, ils connaissent les règles de l’art et les appliqueront avec rigueur ou fantaisie, les enfants sortent les maillets et les entraîneurs piétinent sous une pluie britannique. Les hommes s’abritent sous leur couvre-chef de paille usé tandis que les femmes jettent des regards ambigus à un maharadjah donnant des ordres avec la délicatesse d’un mercenaire. Tout n’est qu’élégance, et même si notre pelouse à nous se réduit à la taille d’un mouchoir et notre cheval remplacé par un poussif labrador, nous serons, nous aussi, les premiers au classement. Sibylle SASSI